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Nanoparticules, allergènes, microplastiques, amiantes… : De la loi à la réalité

La nouvelle enquête de Wecf France sur les cosmétiques féminins, intitulée : «Cosmétiques : trop de substances problématiques». Wecf France a analysé l’étiquetage de 47 produits de maquillage : 17 BB crèmes, 15 anticernes et 15 mascaras. Sur les 47 produits, 37 substances s’avèrent problématiques: 13 très préoccupantes (Rouge), 9 préoccupantes (Orange) et 15 assez préoccupantes (Jaune). 7 sont des perturbateurs endocriniens très …

Nanoparticules, allergènes, microplastiques, amiantes… : De la loi à la réalité
La DGCCRF signale en effet régulièrement des défauts d’étiquetage des ingrédients nanoparticulaires lors de ses contrôles de produits cosmétiques. © WECF France

La nouvelle enquête de Wecf France sur les cosmétiques féminins, intitulée : «Cosmétiques : trop de substances problématiques». Wecf France a analysé l’étiquetage de 47 produits de maquillage : 17 BB crèmes, 15 anticernes et 15 mascaras. Sur les 47 produits, 37 substances s’avèrent problématiques: 13 très préoccupantes (Rouge), 9 préoccupantes (Orange) et 15 assez préoccupantes (Jaune). 7 sont des perturbateurs endocriniens très préoccupants. Selon Wecf, les fabricants semblent passer à travers les failles de la loi.

Nanoparticules : Un défaut d’étiquetage courant ?

L’article 2 du règlement européen cosmétiques définit un nanomatériau comme: «un matériau insoluble ou bio-persistant, fabriqué intentionnellement et se caractérisant par une ou plusieurs dimensions externes, ou une structure interne, sur une échelle de 1 à 100 nm». La taille nanométrique des ingrédients leur donne des propriétés intéressantes qui justifient le recours qu’en font les fabricants de produits cosmétiques.

Dans un avis de janvier 2021, le SCCS fait le point sur la sécurité de l’usage des nanomatériaux en cosmétique, et en cible certains comme prioritaires pour l’évaluation des risques. Les autorités de contrôle (DGCCRF) et de sécurité (ANSM) nationales ont encore récemment rappelé aux fabricants leurs responsabilités en matière d’usage de nanomatériaux dans les cosmétiques, portant sur les obligations d’étiquetage, la charge de la preuve. Les ingrédients nanoparticulaires présents dans les cosmétiques, sont-ils tous étiquetés [nano] ? DGCCRF et ANSM ont récemment rappelé aux fabricants leurs obligations en la matière. La présence de silice (non nanoparticulaire) est indiquée dans 10 BB crèmes, 6 anticernes et 7 mascaras de notre enquête. Sa forme nanoparticulaire n’apparaît que dans 1 anticernes de notre enquête.

«On peut s’interroger, comme pour les autres composés nanoparticulaires, sur le respect de l’obligation d’étiquetage [nano] par les fabricants, d’autant que la DGCCRF fait sienne l’analyse du SCCS qui estime qu’en-dessous de 33,3 g/L, les nanomatériaux sont considérés comme insolubles, ce qui est le cas des silices, qui sont donc « susceptibles d’entrer dans la définition des nanomatériaux, si elles remplissent le critère de taille »» souligne Wecf France dont le dioxyde de titane non nanoparticulaire apparaît dans son enquête dans 16 BB crèmes, 9 mascaras et tous les anticernes. « Se pourrait-il que certains d’entre eux contiennent en réalité du dioxyde de titane nanoparticulaire ? ». La DGCCRF signale en effet régulièrement des défauts d’étiquetage des ingrédients nanoparticulaires lors de ses contrôles de produits cosmétiques.

Allergènes : Un étiquetage et une réglementation à renforcer

Selon Wecf France, près de 2500 fragrances seraient utilisées en cosmétiques. Certaines fragrances allergènes sont interdites en cosmétique. 26 autres sont soumises à restrictions et obligatoirement mentionnées sur l’étiquette. Le terme « parfum/fragrance » est lui obligatoire au-delà d’une certaine concentration. En 2012, le SCCS identifie 62 substances supplémentaires comme allergènes connus par contact pour l’être humain, et en cible 20 (12 substances chimiques et 8 extraits naturels) comme particulièrement préoccupantes,14 demandant leur étiquetage obligatoire, y compris pour leurs dérivés. Trois particulièrement préoccupantes, déjà soumises à restriction, le HICC, l’atranol et le chloroatranol sont totalement interdites depuis le 23 août 2021. Un rapport rendu pour le compte de la Commission européenne en novembre 2020 préconise d’élargir sans délai la liste des allergènes à indiquer, suivant l’avis du SCCS, que ce soit sur les emballages, le produit ou bien par voie numérique. «Notre enquête révèle la présence de nombreux allergènes que nous considérons assez préoccupants, souvent présents en mélanges, dans un très grand nombre de BB crèmes notamment», commente Wecf France.

(Micro)plastiques : Trop présents dans les produits

Nylon, polyéthylène, polyuréthane, polyacrylates, silicones… Wecf France a identifié dans les produits de sa sélection environ une cinquantaine de polymères de synthèse. Ces matières microplastiques, interdites en cosmétique bio remplissent des fonctions diverses : agent filmogène, contrôle de la viscosité, agent fixant d’autres ingrédients, opacifiant, etc. Leur usage est courant comme l’atteste un rapport de 2015. Leur présence dans notre alimentation et notre corps a fait l’objet de plusieurs études scientifiques, avec des conséquences pour la santé encore peu évaluées.

Au niveau règlementaire, après une première interdiction des microbilles de polystyrène dans les cosmétiques exfoliants, un projet d’interdiction des microplastiques devrait aboutir très prochainement dans l’UE19 : il concerne les microplastiques définis comme inférieurs à 5 mm, non solubles dans l’eau et non dégradables, présents dans des produits dont l’usage implique le rejet dans l’environnement. Un collectif d’ONG dont Wecf a demandé à la Commission européenne de réduire les délais de transition qui seraient accordés au secteur cosmétique, où les services rendus par les microplastiques ne sont pas essentiels.Wecf France a identifié une cinquantaine d’ingrédients plastiques dans 36 des 47 produits de son enquête.

Talc : De nouvelles données qui incitent à la prudence

Le talc utilisé en cosmétique peut être d’origine naturelle ou synthétique. La poudre de talc d’origine naturelle, très couramment utilisée (talc pour bébé, produits à base de poudre minérale, etc.) défraie aujourd’hui la chronique judiciaire aux Etats-Unis notamment, où de nombreuses femmes souffrant de cancers, accusent des fabricants de cosmétiques d’avoir commercialisé du talc contenant de l’amiante, cancérogène, à l’origine de leurs pathologies. En effet, à l’état naturel, talc et amiante peuvent être présents dans les mêmes roches, entraînant des contaminations, qui ne font pas toujours l’objet de vérification ou de contrôle.

Le CIRC classe le talc asbestiforme « cancérogène certain », l’usage périnéal du talc comme « peut-être cancérogène » et le talc qui ne contient pas d’amiante comme « ne pouvant être classé quant à sa cancérogénicité pour l’être humain ».

En outre, le talc peut également être irritant par inhalation. L’entreprise Johnson & Johnson a ainsi été condamnée à verser des dommages et intérêts à hauteur de 2,1 milliards de dollars. Plusieurs géants du secteur sont ainsi prêts à renoncer au talc dans leurs produits, alors que 139 350 tonnes de talc environ ont été consommées dans le monde en 2020.

En avril 2021, Santé Canada a proposé une mise à jour de son approche de gestion des risques du talc, par une modification de la Liste critique des ingrédients des cosmétiques, et des mesures pour réduire les expositions au talc via certains produits de santé et médicaments sans ordonnance provoquant une exposition par inhalation ou périnéale.

Bien que le risque d’inhalation soit exclu dans les BB crèmes, anticernes et mascaras – aucun n’étant disponible sous forme de poudre – Wecf a seulement noté la présence de talc dans un petit nombre de produits de son enquête.

Les perturbateurs endocriniens (PE) : toujours peu réglementés

Un PE est défini par l’OMS comme « une substance ou un mélange exogène qui altère une/(des) fonction(s) du système endocrinien et cause en conséquence des effets néfastes sur la santé d’un organisme intact, sa descendance ou des (sous)populations». Leur mise en cause dans de nombreuses maladies et troubles (cancers, diabète, obésité, troubles de la reproduction, du comportement, respiratoires, du développement, associée à leur caractère ubiquitaire, leurs effets à de très faibles doses et en mélanges, notamment lors de périodes critiques du développement, en font des substances à éviter, et à réglementer plus largement. Une réglementation des PE en cosmétique était prévue au niveau européen « au plus tard le 11 janvier 2015 ». La Commission européenne a publié une Stratégie succincte en matière de PE7 et un rapport sur les PE en cosmétique. Par la suite, après consultation des Etats membres, elle a publié une liste prioritaire de 28 substances utilisées en cosmétique, à évaluer : groupe A (14 substances prioritaires pour l’évaluation) et B (14 substances pour lesquelles aucune évaluation n’a débuté, ou pour lesquelles le risque identifié porte sur l’environnement, et non la santé humaine).

«Notre enquête montre la présence de 7 perturbateurs endocriniens dans les 13 substances que nous avons classées très préoccupantes. Ils sont souvent présents en mélanges», explique Wecf France.

(Sources : WECF France)

ParLa rédaction
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